La mémoire des peuples est un récit qui se transmet de génération en génération. Le récit retient certains évènements et certaines dates comme des symboles qui rassemblent ces peuples autour d’une identité commune, un passé commun et un idéal commun. La commémoration de ces dates, renouvelle l’allégeance à ce récit commun … contre l’oubli.

C’est dans ce sens, que le peuple Algérien, commémore, chaque année le 1er novembre 1954, date du déclenchement de la révolution armée contre la colonisation française. Chaque année, l’Algérie célèbre cette date de notre récit commun pour renouveler notre allégeance à l’idéal de nos martyrs , celui d’une Algérie indépendante … contre l’oubli.

Le 1er Novembre de la mémoire révolutionnaire

Pour les Algériens, la révolution armée du 1er novembre 1954 contre la colonisation française constitue, sans conteste, l’acte fondateur de l’Algérie. De même, l’appel du 1er novembre 1954, porteur de l’idéal d’une Algérie révolutionnaire et indépendante de la France, est le texte fondateur de l’Algérie.

Ce texte révolutionnaire définit, en effet, le socle identitaire du peuple algérien indépendamment du statut de l’indigène amnésique et des mythes colonialistes imposés par la colonisation française. Il définit aussi, l’identité de l’Algérie et de son environnement d’appartenance historique et géographique arabo-musulman, indépendamment du statut humiliant de département français.

Ce texte qui a germé dans le cœur de 22 militants et patriotes a submergé la terre algérienne redonnant dignité et espoir au peuple pour être entériné par le sang des martyrs.

Le 1er Novembre … de la mémoire apprivoisée

Mais cette année, pour marquer l’avènement de la nouvelle Algérie, un autre évènement s’est superposé à la date du 1er novembre de notre récit commun.  Le pouvoir a organisé, à cette date, le referendum pour la nouvelle constitution ; pour un nouveau texte fondateur de la nouvelle Algérie.

Ce texte redéfinit, en effet, l’identité des Algériens ainsi que celle de l’Algérie et de son environnement d’appartenance historique et géographique, indépendamment du récit révolutionnaire du 1er Novembre 1954 … mais en parfait accord avec les injonctions impérialistes et les mythes colonialistes.

Le choix de la date de ce référendum ne peut être un hasard et l’objectif apparait clairement comme une tentative de détourner la date symbole du 1er novembre révolutionnaire au profit d’une nouvelle date… apprivoisée… à commémorer.

Mais la mémoire des peuples n’est pas une page vide à falsifier… et le peuple Algérien reste difficile … à dompter.

Une constitution sans légitimité populaire

Loin du plébiscite populaire, les résultats du referendum du 1er Novembre, donnent une maigre majorité pour le oui… Face au boycott des urnes par plus de 76% des inscrits et le Non exprimé par plus d’un Million et demi des votants, la majorité de 3 Millions de oui reste minoritaire ; et ne peut, en aucun cas être représentative du choix du peuple Algérien.

Il est indéniable que le oui de la majorité minoritaire ne donne aucune légitimité à la constitution Laraba. Cette dernière ne sera jamais considérée par le peuple Algérien comme le texte fondateur de la nouvelle Algérie, mais plutôt comme la continuité des précédentes constitutions qui ont été imposées de force au peuple.

Le 1er Novembre 2020 ne remplacera pas le 1er Novembre 1954 dans la mémoire du peuple Algérien. Il sera juste ajouté au récit commun du peuple en note de bas de page avec les autres trahisons de la mémoire commune.

Et si la majorité du peuple Algérien a boycotté sans dévoiler ses positions, une minorité de citoyens actifs a compris le danger de ce texte et du choix de la date. Fidèle à la mémoire commune, elle a bravé le pouvoir et ses propagandes, non seulement pour rejeter la constitution Laraba mais surtout pour renouveler ouvertement son allégeance à l’appel révolutionnaire du 1er Novembre 1954 et à la mémoire de nos martyrs pour une Algérie décolonisée.

Cette minorité de citoyens, pour faire entendre sa voix, n’a pas boycotté le referendum, brulé des urnes ou bloqué des routes. Elle a fait son choix, a exprimé sa voix et a osé voter Non… contre l’oubli.