Algérie mon amour est un reportage écrit et réalisé par le journaliste franco-algérien Mustapha Kessous et diffusé sur France 5 le mardi 26 mai 2020.

Après sa diffusion, ce documentaire a suscité une vive polémique au sein de la société algérienne. Sur les réseaux sociaux, une grande majorité des Algériens a condamné le documentaire le considérant comme non représentatif de la jeunesse du Hirak et exprimant une vision colonialiste de l’Algérie. La polémique a même atteint des proportions officielles avec le rappel, par l’Algérie, de son ambassadeur à Paris.  

Pourquoi une telle polémique autour de ce documentaire ?  

Algérie mon amour, est présenté par les chaines françaises comme un documentaire sur le hirak et la jeunesse algérienne en quête de liberté. Et c’est justement sur le sens donné, par ce reportage, à “la jeunesse algérienne du hirak” et à la “quête de liberté” que réside la controverse.  

De quelle jeunesse Algérienne ?

Dans ce documentaire, la jeunesse Algérienne représentée est réduite à une “minorité urbaine et francophone”. Dans son interview sur ElWatan, il est justement questionné sur les raisons de ce choix réductionniste qui exclue le reste de la jeunesse algérienne qui a pourtant participé en force à ce Hirak. Kessous explique qu’il avait bien choisi, au début, plusieurs témoins provenant des quatre coins de l’Algérie, mais qui n’ont pas été retenus parce que “… face caméra, certains ont eu du mal à se livrer.” Il ajoute que les 5 jeunes du reportage ” … expriment avec justesse ce que ressentent les autres“.

Pourtant, la polémique qui a suivi la diffusion de son documentaire prouve le contraire. Beaucoup des “autres” jeunes Algériens du Hirak ne se sont pas reconnus dans ces témoignages et se sont même sentis trahis. Ces jeunes qui ont participé au Hirak en quête de liberté et de droits pour dénoncer l’injustice et la corruption.

Ainsi, si le journaliste n’a pas retenu le témoignage des autres jeunes algériens participants au hirak c’est parce que face à la caméra, ils n’ont pas voulu se “livrer”… Comprendre par-là que face à sa caméra, les “autres” jeunes Algériens n’ont pas dit ce que Kessous et France 5 voulaient entendre sur leur quête de liberté, contrairement aux cinq témoins du reportage.

De quelle liberté?

Quelle est donc cette liberté que nos jeunes devaient livrer à France 5 ?

Le récit suivit par le reportage Algérie mon amour de France 5 a repris les clichés favoris de la France coloniale. En effet, Kessous le franco-Algérien a regardé la jeunesse Algérienne avec les yeux de l’ancien colonisateur qui pense que ces jeunes “indigènes” sont forcément des frustrés sexuels. Ils ne peuvent pas rêver de libertés politiques et de justice sociale. Ils ne peuvent rêver que d’une vie libérée des “tabous ” de la société musulmane rétrograde, pour enfin s’adonner librement au sexe et à l’alcool. Ce cliché colonialiste de l’Algérien, bien que déjà rebattu par les médias français, a, cette fois, profondément choqué la société algérienne, et surtout la jeunesse Algérienne du Hirak, qui croyait avoir prouvé au monde sa maturité par son pacifisme et son courage déployés à chaque manifestation et qui a vu la noblesse de ses rêves de liberté pour une Algérie meilleure réduite, par ce réalisateur, à de vils fantasmes d’adolescents.   

Manifestement, Mustapaha Kessous avait déjà son scénario écrit avant même de venir en Algérie. Il était, juste, à la recherche des “idiots utiles” prêts à se livrer face à sa caméra pour exprimer la liberté des indigènes que France5 avait déjà choisie pour eux.

Une certaine minorité de la jeunesse algérienne francophone, marginale et colonisée a bien accepté de jouer le jeu … le montage des professionnels français fera le reste.