J’ai toujours été étonnée par l’utilisation, abusive et hors de son sens exact, du concept “système” par le politique en Algérie. Nombreux sont les politiciens, journalistes et autres intellectuels qui usent et abusent de ce terme sans savoir vraiement ce qu’est un système complexe. Si dans une discussion banale, cet abus est toléré, il devient, toutefois, problématique, lorsque des chercheurs l’utilisent dans le contexte actuel du Hirak pour développer des scénarios politiques engageant l’avenir d’une nation. Là, il devient important de préciser le sens éxacte du concept pour mieux comprendre et délimiter la portée des propos de chacun.

Déconstruire le système

Dans cet article d’ElWatan, le chercheur, Luis Martinez, spécialiste du Maghreb, utilise le terme systeme dans un contexe assez grave lorsqu’il explique que le hirak “…ambitionne de déconstruire tout le système, dont l’armée fait partie, afin de rebâtir des institutions démocratiques.” On apprend ainsi que l’objectif du hirak n’était pas juste d’empêcher le cinquième mandat, mais de “Déconstruire tout le système”. Le chercheur ne dit pas selon quelle modalité se fera cette “déconstruction du système”. Il a juste expliqué que la déconstruction d’un système est une opération pleine d’incertitudes…

Comme par hasard, cet article a repris la même expression “déconstruction du système” utilisée dans le dernier rapport de Nabni élaboré comme une praxis à la philosophie métaphisique du Hirak  “Yetnehaw ga3”. Le fameux ThinkTank nous explique sur une dizaine de pages le comment de la déconstruction du système en ces termes : 
” il faut … déconstruire le Système et s’assurer qu’il ne se régénère pas.” “Démanteler les fondements du système” en ciblant les leviers de contrôle… tout simplement.

Survie et stabilité du système

Rappellons que selon la théorie des systèmes complexes, la survie d’un système complexe dépend de sa stabilité qui est assurée par les leviers de contrôle et leur boucle de rétroaction. Sans ce contrôle l’entropie du système augmente provoquant désordre et chaos. En d’autres termes, projeter la déconstruction d’un système complexe, tel un état, sans avoir les moyens d’assurer son contrôle et sa stabilité provoquera inéluctablement le chaos et la destruction du système…de cet état.

Dans cette optique, avouons que “le hirak qui ambitionne à déconstruire tout le système dont l’armée fait partie” qui après huit mois n’a toujours pas réussi à élire des représentants ; ce hirak ne possède nullement les moyens de contrôler ou d’assurer la stabilité du système une fois déconstruit… à moins que le but final de cette opération soit justement de faire tomber le système Algérie dans le chaos..

Exemples de systèmes déconstruits

Pour illustrer nos propos, disons qu’un système complexe, exemple un état qui est privé de ces leviers de contrôle de sa stabilité tombe forcément dans le chaos et/ou la guerre civile. Sa stabilité ne peut être maintenue que par un contrôle extérieur tel que le cas du Soudan qui doit sa stabilité temporaire, à l’intervention des Nations Unies et à d’autres ONG douteuses… qui le privent, par la même, de sa souverainté.

Par contre, le cas de la Lybie illustre le chaos généré apres la destabilisation du système sans aucune possibilité de contrôle. L’élimination des leviers de contrôle officiels a généré le chaos et a provoqué la déconstruction totale du système Lybie en une multitude de sous-systèmes obéissant chacun à plusieurs leviers de contrôle nombreux, variés et étrangers. 

Du sens de la déstabilisation d’un système

Disons enfin que pour un état, la deconstruction de son système par des apprentis sorciers qui ne possèdent aucun pouvoir de contrôle interne ou externe sur la stabilité du système équivaut à une opération suicide.

De même, toute opération de déconstruction d’un système complexe en vue de le destabiliser pour le mener au chaos ne peut être perçu par la partie en charge de son contrôle que comme un acte de guerre.