Dans son numéro du 26/08/2019, ElWatan titre que le hirak pourrait se radicaliser à la rentrée. Pourquoi ? Comment ? Intriguée, je me mets à lire l’interview du Professeur Djabi qui résume à lui seul les paradoxes orwelliens du Hirak qui gravite autour de la Grande Poste.

Ainsi, selon le sociologue le bilan du Hirak se résume à deux grandes réalisations qui sont : le départ du président Bouteflika et l’incarcération de figures importantes de l’ancien régime.

Paradoxe 1 

Etrange que le sociologue ne mentionne pas dans son bilan, l’incarcération du Général Toufik, marionnettiste en chef de la décennie noire, ainsi que de plusieurs officiers de l’armée proches du général déchu.  Ne considère-t-il pas que l’incarcération de Toufik soit une grande réalisation du Hirak ? Peut-être pas. Après tout, le Hirak de la Grande Poste – l’unique Hirak reconnu par Djabi et ses copains-  n’a jamais appelé à l’arrestation de Toufik ni à celle de l’oligarque Rebrab d’ailleurs…

Paradoxe 2 

Djabi rajoute, dans son bilan un troisième point important: « le changement du rapport de force entre le système et les Algériens ». Selon lui, dorénavant, l’Algérien veut être écouté et veut que ses revendications soient prises en considération.  Mais, ce peuple qui peut se mobiliser par « millions » en un mouvement populaire ordonné et pacifique pour le changement, ne veut pas d’élections et c’est le système autoritaire représenté par l’armée qui veut lui imposer des élections présidentielles pour permettre au peuple de voter pour élire son président.

Paradoxe 3 

Djabi impute, la situation politique actuelle, aux défenseurs du 5ème mandat qui auraient peur de rendre des comptes… Vraiment ? Mais ce beau monde (oligarques, ministres, politiciens, militaires)  n’est-il pas déjà en prison pour rendre des comptes ?

Paradoxe 4 

Sur le rôle de l’armée, Djabi explique qu’ « Elle (l’armée) n’a pas utilisé les moyens violents contre la population pour une simple raison : elle n’a pas les moyens de le faire. » Pourquoi ?  « L’armée ne peut pas affronter un mouvement de cette ampleur »  Alors dans ce cas, comment un mouvement populaire d’une ampleur à faire peur à l’armée, ne soit pas capable de s’organiser pour mettre en œuvre des mécanismes de contrôle et de surveillance des élections présidentielles pour élire son président légitime?

Paradoxe 5 

Le blocage serait dû à l’absence de dialogue. Le sociologue nous explique la culture et la socialisation des membres du régime. « Ils n’ont jamais connu les rudiments du dialogue pour prendre en charge des conflits qui surviennent. » « Disons-le franchement, ces gens ne croient pas au dialogue et à ses vertus. » Mais lorsque le pouvoir appelle au dialogue, pour Djabi, c’est forcément une ruse. « Le panel de dialogue de Karim Younès est l’autre ruse utilisée par le régime pour casser le mouvement. »

Pas de présidentielles, pas de dialogue … mais que veut le Hirak de la Grande poste?

Paradoxe 6 

Quelques lignes plus bas on comprend que Djabi est un promoteur de la transition, mais pas n’importe laquelle. Une transition qui réunit deux approches inconciliables  « Présidentielle et Constituante ». Sous réserves que cette formule aberrante fonctionne, la transition, durera de 5 à 10 ans, et aura pour but de formuler de nouvelles réformes économiques, une nouvelle constitution, pour créer une nouvelle Algérie sur mesure au …Hirak de la Grande Poste.

Comment imposer à ce « régime fermé » cette transition suicidaire pour notre Algérie ? Et bien le Prof Djabi … menace. Il pense que les Algériens (ceux de la Grande Poste bien sûr ) devront passer à une vitesse supérieure.

En quoi consiste cette vitesse supérieure du Hirak ?  Quelques lignes plus haut Djabi l’explique dans un Doublethink  très Orwellien où « silmya » et « radicalisation » se côtoient et où « l’objectif de désigner un responsable légitime » se fait par « le rejet d’une quelconque élection » ( !)

«  Je continue à penser que les Algériens tiennent fortement au caractère pacifique de leur mouvement «silmiya» mais  « Ils radicaliseront leur action pour atteindre leur objectif » lequel ? «désigner légitimement leurs responsables et avoir des institutions légitimes dans une nouvelle Algérie." Mais « Comme nous le savons, depuis 1962 les élections n’ont servi à rien, d’où le rejet massif de tout appel à une quelconque élection. »

Enfin, rappelons que pour Chomsky « DoubleThink : cette  capacité d’avoir à l’esprit deux idées contradictoires simultanément et d’y croire aux deux, constitue le summum de l’irrationalité ».

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