Gary Waters/Getty Images

Encore une fois, et sans surprise, la Ministre Benghabrit provoque une vive polémique par une nouvelle décision “anti-islamique” : interdire la prière à l’école. Cette décision n’est pas surprenante et s’accorde parfaitement avec la position idéologique de la Minsitre en faveur de la laïcité et que nous avons déjà analysé sur ce blog. Benghabrit qui a survécu à plusieurs remaniements ministériels n’est pas un quelconque ministre chargé d’appliquer docilement le programme de son gouvernement. Cet ancien directeur du CRASC, chercheur diplômée en sciences humaines, sociales et anthropologiques, est chargée d’une mission précise.

Pour rappel, Benghabrit a fait partie en 2000, de la fameuse Commission Nationale de Réforme du Système Educatif (CNRSE), dite commission Benzaghou. Les réformes recommandées par le rapport Benzaghou visent à transformer la société algérienne du 21ème siècle, ie post-1990s, par l’éducation.  Le parti pris du rapport Benzaghou se base sur l’hypothèse, réductrice et dangereuse suivante :  c’est l’enseignement de l’Islam à l’école qui a produit dans les années 1990s une société “d’intégristes” et de “terroristes” . Avec le rapport Benzaghou, l’éducation nationale n’a plus qu’un seul rôle, celui de reprogrammer l’individu algérien pour le moderniser et l’éloigner de l’influence du religieux : de l’Islam. Et c’est exactement le programme que Benghabrit est entrain d’appliquer méthodiquement.

Comment implémenter ce changement ?

La société algérienne étant d’essence religieuse, l’attaquer de plein front pour appliquer de force la laïcité sera forcément contreproductif.  Voilà pourquoi, il faut “fabriquer”, de manière subtile, le consentement de la société à ce changement radical par des techniques d’ingénierie sociale.

Dès lors, pour comprendre la méthode suivie par Benghabrit, il devient nécessaire d’analyser ses décisions avec la grille de lecture de l’ingénierie sociale, en l’occurrence de la conduite du changement et la fabrique du consentement.

La dissonance cognitive comme outil du changement

L’introduction de la modernité et de la laïcité à l’école nécessite la transformation des valeurs et des croyances des Algériens. L’équipe de Benghabrit vise justement, par ces décisions successives anti-islamiques, à induire ce changement par la création d’une dissonance cognitive.

La dissonance cognitive, est une situation de conflit entre les valeurs et croyances de l’individu avec son comportement, ou les actes qu’il est poussé à adopter, qui sont en opposition avec ses mêmes valeurs et croyances. Cette dissonance crée un état de stress, de souffrance psychologique, qui pousse l’individu à œuvrer à faire disparaitre cette dissonance. Dans ce sens, et afin d’échapper à son état de stress, l’individu, s’il ne peut pas changer son comportement, devra, tôt ou tard, changer ses valeurs et croyances.

Ainsi, la formule pour induire le changement chez un individu ou société est :

“Provoquer chez l’individu un état de dissonance cognitive pour le plonger dans un état de stress qui le poussera à changer de valeur et de croyance.”

Une formule simple et diabolique !

C’est justement cette démarche du changement qui est adoptée par l’équipe Benghabrit. Les décisions anti-islamiques successives de Benghabrit visent justement à créer une dissonance cognitive dans l’esprit des jeunes algériens en les plongeant dans un état de stress continu qui vise, à terme, à faire changer aux élèves et parents leurs valeurs et croyances.

Voilà pourquoi quel que soit les remaniements ministériels, la Misnitre Benghabrit reste inamovible. Cette permanence donne l’illusion que Benghabrit bénéficie, en effet, d’un soutient indéfectible du pouvoir en place. La communauté de l’éducation nationale : élèves, parents et enseignants, étant incapables de provoquer son départ et l’arrêt de ses réformes, doit se résigner à changer de valeur et de croyance si elle veut diminuer son état de stress.

Une école qui provoque la dissonance cognitive chez les apprenants est une école toxique, dangereuse pour leur santé mentale.

Comment protéger nos enfants des effets de cette dissonance cognitive?

Afin de diminuer le stress et désamorcer une dissonance cognitive, il suffit de faire comprendre à la victime (élève, parent, enseignant) la situation à laquelle il est soumis et les enjeux autour afin de l’aider à résister.

Dans cette vidéo, Benghabrit justifie sa décision et exhibe sa bonne foi. Elle nous rappelle que les principes fondateurs de notre nation الثوابت   sont solides et n’ont pas pu être changés par la colonisation française qui dura plus d’un siècle. Toutefois, elle omet d’expliquer que la colonisation française n’a pas pu toucher à nos valeurs justement parce qu’elle s’affichait clairement comme l’ennemi.  Par contre, l’équipe de Benghabrit, avance masquée et applique ses changements idéologiques derrière les apparences de réformes nécessaires et rationnelles visant à moderniser l’éducation nationale sans toucher aux valeurs de l’Algérie.

Il devient crucial de démasquer ces réformes et de rappeler que l’école algérienne se doit d’être l’héritière de l’école des Oulamas Benbadis et Bachir ElIbrahimi, de la résistance contre la colonisation française et celle des valeurs arabo-musulmanes. Cette école qui a justement combattu les « valeurs » colonialistes, racistes et hégémoniques de l’école de la colonisation française, moderne, laïque et francophone.

La réforme qui prône le nettoyage de tout ce qui est religieux (musulman) du système éducatif (réformes de Benzaghou / Benghabrit) est une réforme idéologique d’essence laïque contraire aux valeurs de l’école de Benbadis. L’école qui applique les réformes qui combattent les valeurs de l’école de Benbadis, ne peut être qu’une école néo-colonialiste.

Enfin, l’école qui induit, par son enseignement, une dissonance cognitive est une école dangereuse qui ne peut produire que des générations de désaxés, perdus sans aucun ancrage ni repère…


La dissonance cognitive est une théorie de la psycho-sociologie proposée par Leon Festinger dans son livre “A theory of cognitive dissonance” 1957.

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