La dernière émission du CPP du jeudi 10/03/2016  avait pour thème la modernité de la société algérienne. En annonçant la question du jour :  «  La société Algérienne est-elle plus conservatrice à la fin des années Bouteflika qu’au début », l’animatrice du débat, explique d’emblée que le pouls de cette modernité est : “les droits des femmes, le discours politique et religieux, notre rapport avec la religion ou notre religiosité, l’islamisme dans le monde réel de Kamel Daoud.”

En d’autres termes, le statut de la femme et de la religion sont les indicateurs de la modernité d’une société.

Sans prendre la peine de définir la modernité, qui est un concept complexe parce qu’il a un fondement éminemment idéologique et philosophique, les chroniqueurs ont présenté leurs arguments qui  peuvent être synthétisés selon le schéma dialectique : modernité VS tradition.

Du côté de la modernité les termes récurrents sont : “émancipation de la femme, la femme à l’école et au travail, égalité des sexes, mixité, occupation de l’espace public par la femme, la science, le progrès, la société qui avance et dépasse ses archaïsmes…”

Du côté de la tradition les termes sont : “archaïsme, islamisme, hijab, bigoterie, obscurantisme, DAECH, intégrisme, moyen-âge??, contrôle social pesant, société qui régresse …”

Sans surprises, nous retrouvons dans les arguments des journalistes « modernistes » tous les clichés contre la société conservatrice/traditionnelle avancés par les adeptes de la modernité.

Mais que valent ces arguments au profit de la modernité ? et de quelle modernité s’agit-il?

  1. Quelle modernité ?

Il faut d’abord comprendre que la colonisation d’une grande partie de notre monde par l’Europe, puis la globalisation de l’hégémonie culturelle de la « civilisation » occidentale ont imposé la modernité européenne/occidentale comme La seule Modernité de référence. Cette dernière est présentée comme l’aboutissement final d’une chronologie d’évolution culturelle à laquelle toutes les civilisations du monde doivent aspirer. Les autres civilisations du reste du monde deviennent, de facto, des civilisations subalternes qui doivent évoluer vers cette modernité (européenne), sinon elles seront considérés comme rétrogrades.

  1. Qu’est-ce que la modernité européenne ?

Il est admis que l’Europe est devenue moderne au sortir du moyen-âge. Que ce soit avec la renaissance au 15ème siècle ou plus tard avec la révolution française de 1789 (avec la décapitation de la monarchie et de l’église). Ainsi, l’Europe est devenue moderne le jour où elle s’est libérée de ses « archaismes » : de l’autorité de l’église, de la religion et…de Dieu, au profit de l’Homme et de sa seule raison.

La modernité apparait ainsi comme une conception du cosmos qui écarte le divin, le sacré : Dieu, du centre pour le rejeter à la périphérie. Au centre, il n y a plus que l’Homme et sa nouvelle religion:l’humanisme, sa science et sa philosophie, pour comprendre, habiter et diriger le monde.

Contrairement à la modernité qui est en rupture avec le passé, la tradition, elle, est une conception du monde en continuité avec les croyances ancestrales et qui place Dieu au centre du cosmos. La société traditionnelle comprend et vit le monde à travers ses croyances, sa relation au divin et au sacré.

Voilà pourquoi, avant tout débat sur la modernité de la société algérienne, il est impératif de définir cette modernité … et surtout les archaïsmes qu’elle vise à dépasser.

La société algérienne, qui est une société traditionnelle et musulmane pour laquelle Allah est Akbar ” الله أكبر” n’adoptera jamais la modernité européenne comme sa modernité.

Peut-être qu’il serait plus judicieux de se demander si la civilisation musulmane actuelle a besoin d’une modernité à l’européenne ou plutôt de Tajdid تجديد  guidé par des penseurs musulmans pieux et intelligents qui amèneront un souffle nouveau à l’Islam.

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